• Ingrid

La bûche de Noël, une tradition ancienne… totalement transformée

Mis à jour : févr. 2

La bûche de Noël n’a pas toujours été la délicieuse pâtisserie que l’on connaît aujourd’hui. Elle était avant tout l’élément primordial d’un rituel ancien. L’historienne Nadine Cretin nous raconte sa véritable histoire.


Photographie de @dr.oetker_switzerland

Il y a bien longtemps, lors de la nuit la plus longue de l’année, au solstice d’hiver, débutait un ensemble de rituels pour accueillir le froid et se protéger contre les esprits invisibles. La tradition de la bûche de Noël en est l’une des réminiscences.


Un rituel ancien et scrupuleux

La bûche de Noël était à ses débuts, un simple mais énorme morceau de bois et non une pâtisserie. Les historiens estiment que cette tradition a fait son apparition au VIe siècle avant JC. Puis, plus de traces. “On ne retrouve sa mention qu’au XIIIe siècle, en plein cœur du Moyen-Âge” explique Nadine Cretin, historienne des fêtes spécialisée en anthropologie religieuse et auteure de Fêtes et traditions occidentales (2020). “Les seigneurs se faisaient alors offrir une bûche par les serfs en échange de terres”. Il fallait alors choisir avec précaution la bûche pour qu’elle se consume lentement “et qu’elle crépite le plus possible en signe de bonheur futur” ajoute l’historienne. La bûche était ensuite bénie et coupée avant le lever du soleil.


La coutume se perpétue jusqu’au XIXe siècle et on la retrouve en Provence où l’écrivain Fréderic Mistral raconte en détail le rituel. “Il explique que l’on mettait la bûche dans la cheminée très cérémonieusement. L’enfant le plus jeune de la maison et son grand-père, donc le plus âgé, allaient porter la bûche dans la cheminée” relate Nadine Cretin. Puis, on versait sur la bûche décorée de feuillages, un peu de vin, de miel ou d’huile en guise d’offrande pour protéger les habitants des mauvais sorts et des esprits de l’au-delà.

Ce n’est qu’à la veillée de Noël que la bûche pouvait être brûlée. Elle devait se consumer jusqu’au lendemain, ou selon les régions, jusqu’à l’Epiphanie, soit douze jours plus tard. On disait que les cendres récoltées avaient des vertus, qu’elles apportaient protection.


Lire aussi : Bûche de Noël : la recette de ma grand-mère


D’une bûche à une pâtisserie

Le temps et les inventions ont peu à peu modifié cette tradition. “La bûche que l’on mettait dans la cheminée a disparu lors de la première moitié du XXe siècle au profit de cuisinières” explique Nadine Cretin. C’est ainsi que les grosses bûches ont laissé place à de plus petites, déposées au centre de la table, puis à des pâtisseries succulentes à l’aspect similaire.


Mais là encore, les historiens rencontrent une grande difficulté à établir une date précise. “À vrai dire, on ne sait pas bien l’origine exacte de la pâtisserie. Elle a probablement été inventée en même temps que la crème au beurre dans les années 1870–1880” souligne l’historienne. L’inventeur du dessert est, lui aussi, inconnu, divers pâtissiers se disputent la paternité. Il semblerait que l’idée ait jailli au même moment en différents lieux. Quoi qu’il en soit, la bûche s’impose peu à peu parmi les desserts de Noël aux côtés du pudding au Royaume-Uni, du Stollen en Allemagne et du panettone en Italie. Il faut néanmoins attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale pour que la bûche se démocratise dans tous les pays francophones et devienne le dessert phare de Noël.


Pour retrouver les ouvrages de Nadine Cretin :

Fêtes et traditions occidentales, Que sais-je ? n° 3518, PUF, Réédition 2020 (1e éd. 1999).

Fêtes de la table et traditions alimentaires, Le Pérégrinateur, avril 2015.


28 vues0 commentaire